HM2F   |  Témoignage de S.
après la première rencontre organisée par le collectif

des Homosexuel(le)s   Musulman(e)s   2   France
(ces témoiganges n'engagent en rien la responsabilité du collectif ou des sympathisants de HM2F,
ils ont été mis en ligne sans aucune modifications)



La première réunion de notre collectif HM2F
a eu lieu le

SAMEDI  30  JANVIER  
de 17h à 19h


(dans une salle qui nous est réservée exclusivement)



Voilà je me présente comme convenu, je suis S.,  étudiant en master de psychologie clique et psychopathologie.  J’habite le 16ème et suis originaire de Paris même. Mon père est marocain et ma mère française.

Mon intention dans cette belle, humaine et intéressante association est le partage d’idées, d’expériences, de moments de convivialité…et pourquoi pas participer à ce que cette association permettent à certains de nos frères homosexuels de toutes  les religions confondues, à trouver des réponses, de l’aide, un soutien dans  cette entreprise appelée identité homosexuelle…                                              Ainsi ma démarche est aussi universitaire dans le sens où j’aimerai trouver des témoignages de personnes qui se retrouvent dans l’une des 3 stratégies que je définis dans ma synthèse (Etre homosexuel, musulman, maghrébin et de sexe masculin). Je le répète, cette étude sera anonyme et sans aucun jugement de choix de vie. Si mon étude peut permettre à certains de nos frères de trouver la paix en eux, alors j’aurai cette impression d’avoir fait quelque chose d’utile pour l’autre dans ma vie….

 

   L’homosexualité est l’affaire de tous

     Depuis la nuit des temps, en tout lieu, la terre a porté des hommes et femmes homosexuels et cela quelque soit la culture, la religion, le pays ou la couleur de peau. L’homosexualité a été présente à d’autres époques plus lointaines sans qu’il y ait autant d’hostilités qu’à notre époque. On estime environ entre 6 à 7% d’homosexuels en France (ACSF investigators ; 1992 " AIDS and sexual behaviour in France). Cela peut paraître peu, mais suffisant pour que l’homosexualité subisse encore les représailles de la société. Les gens sont encore trop nombreux à avoir des préjugés d’ordre sanitaires ou encore religieux ainsi prônant  haut et fort le terme de « contre-nature ». Malgré le mal qui a pu être dit ou fait, l’homosexualité « comme ils disent », a traversé les époques et à pris peu a peu la place qui lui était du.

     Marcel Proust disait : «Aimer un jeune homme au temps de Socrate était comme aujourd’hui entretenir une maîtresse, puis se fiancer avec une autre femme. »

Hétérosexualité et homosexualité ne passent dans le langage courant que dans le premier  quart du siècle. Avant cette époque, si les mots sont un signe annonciateur des concepts, on ne concevait pas l’univers social polarisé entre  « homos » et « «hétéros ». Au Moyen Age par exemple, le mot « sodomie » se référait à toute une série d’actes sexuels considérés comme des péchés, qui comprenaient la masturbation, la fellation, le coït anal, la bestialité et le coït interrompu. En un mot, toutes les pratiques qui n’avaient pas pour but la procréation.      

       La notion de genre. 

     A la notion de genre s’associent les attributs psychologiques, les activités, le rôle et les statuts sociaux culturellement assignés à chacune des catégories de sexe. Le genre est une construction sociale du masculin et du féminin. Bien avant que se développent l’orientation et l’identité sexuelle, il y a d’abord la conscience du genre. L’enfant sait depuis sa deuxième année, qu’il est d’un sexe et pas de l’autre, et cela implique une série de conduites. Ainsi l’enfant va peu à peu s’identifier comme un garçon, soit comme une fille, et va apprendre à se conduire en tant que tel. Or, ce processus n’est pas aussi évident. Il y a des garçons, depuis leur plus petite enfance se sentent plus identifiés aux filles. Mais cette confusion des genres, n’est pas en elle-même, un signe précurseur de l’homosexualité. Freud dit de l’homosexualité, qu’elle est une inversion quant à l’objet sexuel et que celle-ci est normale et fréquente à l’adolescence. L’adolescent fait un choix inconscient de l’objet sexuel vers l’amour pour sa propre personne et l’identification de l’objet. Dans une société où l’on suppose que tout le monde est hétérosexuel, le fait de s’apercevoir que l’on a une attirance érotique pour les personnes de son propre sexe peut entraîner un bouleversement majeur. En effet, la découverte de ce comportement sexuel est souvent une source d’anxiété et de conflit intérieurs considérables dans un monde qui condamne l’homosexualité.

     Le suicide une réalité sociale quelque soit le pays ou la culture.

     Mais les gens banalisent cette recherche d’identité en pensant que chaque homosexuel à choisi de l’être. On a souvent entendu : «  il n’a pas fait le choix le plus simple ». Comme si à l’adolescence on vous donner le choix entre être « homo » ou « hétéro », comme faire le choix entre une voiture diesel ou à essence. Pour autant, la condition de l’adolescent homosexuel reste l’un des derniers tabous de notre société au prix d’un taux de suicide fortement plus élevé, et a fortiori de tentatives et de dépressions, que celui de la communauté hétérosexuelle. Le suicide est la seconde cause de décès chez les jeunes de 15 à 24 ans et la première cause pour les 25-34 ans. De plus, et selon les études, le taux de suicide et de tentative chez les adolescents homosexuels ou bisexuels est entre 6 et 14 fois supérieure à celle de la population hétérosexuelle d’une même classe d’âge. Les raisons principales de ce douloureux constat sont diverses. D’une part, un contexte socio culturel discriminant, une imagerie péjorative de l’homosexualité, propos et actes homophobes. Autant de causes de mal-être et de souffrance des jeunes gays et lesbiennes. D’autre part, l’absence de traitement de la question homosexuelle durant la scolarité, l’hétéro centrisme, le défaut de visibilité d’une communauté adolescente gay et le déni même de son existence n’assurent pas un environnement propre à prévenir suicides, dépressions, comportements à risques, agressions et propos homophobes. De fait, les adolescents  présentent un risque plus élevé de crises psychologiques, lié à la découverte de leur homosexualité, au rejet par la famille, au harcèlement ou aux agressions homophobes dont certains sont victimes et enfin au risque d’infection par le VIH ou autres MST.             Pour autant et sans trop s’avancer, nous pouvons faire le constat simple qu’une minorité de jeunes gays et lesbiennes s’assument, se revendiquent et vivent librement leur homosexualité au risque de faire l’objet d’un rejet de leurs camarades, de propos ou actes homophobes ou de se couper de leur milieu familial. Les adolescents et adolescentes apprennent à s’adapter à leur orientation homosexuelle par étapes. Pour y arriver, ils doivent d’abord s’accepter en tant que gais ou lesbiennes par la destruction des mythes véhiculés par la société. Ensuite, ils doivent établir des relations amicales significatives avec des pairs, gais et lesbiennes entre autres, et éventuellement des relations amoureuses. Cette recherche relationnelle est importante pour acquérir une bonne estime de soi. Enfin, ils doivent apprendre à interagir avec leur milieu de vie, leur famille, leur milieu scolaire ou de travail et leur entourage. En raison de cette homophobie intériorisée, ils adoptent fréquemment de mauvaises attitudes face à leur sexualité. Il s’agit donc de les conduire d’une phase de négation ou de rejet de leur homosexualité à une phase d’analyse critique de l’attitude de la société. Car le souci ne vient pas d’eux mais de la société et du regard qu’elle porte sur eux.

Qu’en est-il au Maghreb ???

     L’homosexualité est frappée au Maghreb d’un double H : Hchouma (honte) et Haram (péché). Les rites, les croyances religieuses et familiales sont des raisons suffisantes pour rejeter l’homosexualité dite «occidentale ». Il faut savoir que dans les pays du Maghreb, la notion de famille est présente et est très respectée. Les maghrébins ont cette idée que accepter le développement de la culture gay, c’est accepter la perte des valeurs morales, familiales et religieuses. Par conséquent certains parents viennent à penser que c’est la France qui a rendu leur fils homosexuel car l’occident a perdu ses valeurs comme la famille et la religion… Ainsi l’homosexualité au Maghreb n’est en soi pas vraiment un souci d’orientation sexuelle, mais ce qui pose en réalité problème, c’est de ne pas remplir les rôles dits « socio-sexuels » que la société attend et « exige » du sexe masculin. Car ce qui est important, c’est le statut marital et reproductif. En effet, selon Hawa Djabali (écrivaine algérienne exilée), il y a un cas seulement d’homosexualité vraiment admis. C’est celui de l’homme marié qui couche avec des jeunes gens seulement s’il est « actif ». On lui attribue en quelque sorte, mais de manière discrète une sexualité débordante, et est presque admiré mais à condition que cela reste de l’ordre du privé. On ne parle jamais de ce qui se passe dans les hammams et pourtant tous savent que les hommes entre eux exercent certaines pratiques sexuelles. 

Que l’on soit chrétien, musulman, protestant ou encore athée, l’homosexualité peut être mal vécue ou pas. Chacun se développe à sa façon, s’accepte à sa manière Religion ou pas. Il existe non pas une homosexualité mais des homosexualités. Celle de chacun et non une pour tous car même si nous nous battons tous pour les mêmes causes, nous sommes tous différents ce qui fait à tous notre point commun…

Ainsi ma mission est la suivante :

J’ai pu remarquer, que les homosexuels Maghrébins vivaient leur homosexualité de manières différentes bien sur, mais polarisée autour de 3 stratégies. La première (il n’y a là aucun ordre déterminé), étant l’homosexuel qui refoule totalement souvent de manière inconsciente, cette identité et suivra le chemin traditionnel comme la plupart de ces proches, se marier et avoir des enfants. La seconde, concerne ceux qui mènent une double vie. Un costume lorsqu’ils sont dans leur banlieue en s’amusant à insulter un pédé dès qu’il y en a un, et l’autre costume, représente cet « homo » qui assume en quelques sortes et va s’amuser avec d’autres garçons dans le Marais, flirter sur le net avec d’autres gays etc. Et enfin la troisième stratégie, est celle du maghrébin qui s’assume, l’annonce à sa famille, est ainsi mis à la porte du foyer familial, (certains témoignages racontent avant d’être mis à la porte, qu’ils ont été séquestrés, battus et insultés par leurs proches, frères, sœurs ou bien encore leurs parents) .

«Abdel, un adolescent, nous appelle après que ses frères lui ont cassé le nez et envoyé à l’hôpital pour six jours. Il sèche les cours pour pouvoir nous téléphoner car ses frères surveillent ses sorties. Un mois plus tard, nous apprendrons par un des ses amis qu’un des ses frères lui a planté une fourchette dans le cou et la poitrine… » (Rapport sur l’homophobie 2008) 

Medhi, raconte qu’il assume absolument pas d’être gay mais a des besoins sexuels qu’il assouvit avec des filles et des garçons. Il sait très bien qu’il préfère  coucher avec des garçons mais seulement quand il vient sur Paris, en banlieue «je fais parti d’une bande, on tape les pédés quand on en voit, on fait des tournantes dans les caves avec certaines meufs, on joue les gros durs quoi… » (Rapport sur l’homophobie 2008) 
 

Tous mes propos ici sont l’expression de mes opinions et il n’y a là que ce que je pense. Très peu d’ouvrages parlent de L’homosexualité au Maghreb. Mon but est de faire connaître les conditions de vie sociale, familiale et religieuse quand des jeunes maghrébins se découvrent homosexuels. Le seul moyen d’approfondir mes recherches est de trouver des gens qui accepteraient de témoigner (il va de soi que tout sera confidentiel et anonyme). Je suis à votre disposition pour toute question, pour tout besoin de parler, de trouver des réponses ou encore avoir des conseils. 

Merci à  tous et surtout à HM2F 



PS : Nous considérons à HM2F que ce genre d'étude nous permettra un jour à mieux cerner la problématique qui nous concerne en temps qu'homosexuel(le)s musulman(e)s.

Vous êtes musulmans ou d'origine musulmane et vous voulez participer confidentiellement et anonymement à cette étude, sur la façon dont les homomusulman(e)s ont de vivre (ou pas) leur sexualité en France ?
Contactez-nous sur : homomusulmans@gmail.com
Nous ferons suivre votre demande de participation et votre témoignage éventuel.

D'avance merci !


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COLLECTIF CITOYEN POUR UN ISLAM DE FRANCE VÉRITABLEMENT INCLUSIF, 

& UNE LAÏCITE VÉRITABLEMENT RESPECTUEUSE DE TOUTES LES CROYANCES.

Porte-parole, L.Zahed

Au plaisir de bientôt vous comptez parmi nous.
http://www.homosexuels-musulmans.org
homomusulmans@gmail.com



   

HM2F, notre collectif citoyen, est coordinateur international de la conférence internationale
CALEM - financée en 2012 par le conseil de l'Europe et qui reçu le prix
Pierre Guénin de SOS homophobie -,
membre de la Fédération LGBT, du RAVAD, de l'ILGA ;
membre des collectifs interassociatifs Pinar Selek et IPERGAY, et
membre fondateur du MTE.
 

Le collectif HM2F est l'aboutissement d'une collaboration fraternelle entre des homosexuel(le)s (ou des citoyens appartenant à d'autres minorités sexuelles visibles) : qu'elles ou qu'ils soient athés, de confession juive, de confession musulmane, chrétienne, bouddhiste ou autre... C'est une grande fierté !
Et nous fomentons le secret espoir à la face du Destin, que cette pluralité et ce "vivre ensemble" citoyen et collégial,
restera la pierre angulaire sur laquelle nous continuerons de bâtir nos projets communs, inch'Allah.