La sécularisation de l'islam de France permettra-t-elle d’éradiquer de nos cœurs (et de ceux de nos coreligionnaires) la violence injuste de l’homophobie ?

 

                Pourtant déjà la discorde éclate entre musulmans de France : principalement entre ceux, radicaux, partisans d’un Islam hégémonique ; et ceux partisans d’un Islam de France progressiste, sécularisé, égalitaire et universellement fraternel. Selon certains, dans son dernier livre « Profession imam » [1],  l'imam de Bordeaux a des "déclarations surprenantes", dit-on. L’imam Tarek Oubrou nous dit par exemple qu'il considère le pax comme une forme d'union viable. Qu’entendent-ils exactement par cela ? Et quelle est la position exacte de l’imam Oubrou sur la pratique de l'homosexualité entre individus consentant et qui s'aiment ? Il serait temps en effet que nos imams prennent en compte notre situation dite « particulière » ; être homosexuel(le) et musulman(e), c'est possible, c'est même une réalité dont on ne parle malheureusement pas assez.

 

                    Pourtant, certains philosophes comme Abdennour Bidar vont bien plus loin ; il parle à ce qu’il qualifie « d’héritiers de l’Islam » et les exorte à un existentialisme musulman, pour un réenchentement du monde tiré d’une magnifique exégèse des versets parmi les plus célèbres du Coran. A. Bidar nous propose de reconstruire notre représentatrion de la foi et du rapport au Divin sur la basse solide de quatre pilliers :

 

1 - Principe de liberté : nous revendiquons le droit, qui doit être en même temps un véritable devoir, pour chaque personne de culture islamique de trouver et de vivre librement son rapport à cette culture. Nous voulons que cette liberté personnelle n’ait plus peur de s’affirmer – qu’elle soit reconnue à chacun comme son droit légitime, spirituel et moral le plus inaliénable. Nous considérons comme illégitime toute prétention de quiconque, institution ou individu, Etat ou parenté, société ou dignitaire religieux, à imposer une vision de l’islam, ou bien à imposer quoi que ce soit au nom de l’islam, ou bien encore à s’ériger en autorité islamique.

Chaque femme et chaque homme de culture islamique doit être laissé entièrement libre et responsable de la construction de son identité.

 

2 - Principe de rupture : nous rejetons tout ce qui dans l’islam historique relève de sa dégénérescence – que ce soit la contrainte en matière de religion ou de coutumes, le taqlid* ou la perte de l’esprit critique. Nous condamnons tout ce qui soi-disant au nom de l’islam s’oppose au respect de la dignité humaine, à l’égalité des sexes, à la tolérance, à l’expression de la diversité des points de vue et des sources de la connaissance, à la liberté personnelle de conscience, de réflexion et d’action. Nous dénonçons comme contraires à l’esprit de notre culture tout discours de haine, ainsi que toute violence, physique ou morale, exercée soi-disant au nom de la défense de l’islam.

*taqlid : soumission aux habitudes, coutumes, obéissance passive à la tradition

La culture islamique doit faire son autocritique jusqu’à ce qu’elle devienne synonyme de paix, de réflexion, de liberté et d’ouverture à l’autre.

 

3 - Principe de créativité : nous affirmons la nécessité et l’urgence pour la culture islamique de sortir de la répétition et de l’immobilisme, pour retrouver son dynamisme passé. Pour remobiliser la créativité de chacun. Pour se réinventer et se diversifier selon des formes propres au temps présent. Pour se nourrir d’une relation de fécondation mutuelle avec toutes les autres cultures. Pour se réinventer comme religion, par l’ijtihad* accordé comme droit à chaque croyant, mais aussi par la production de pensées philosophiques, d’œuvres littéraires et artistiques, et plus généralement à travers des projets, des rêves, des ambitions multiples.

*ijtihad : effort d’interprétation personnelle, usage de son propre jugement dans la conduite de sa vie spirituelle

La culture islamique doit redevenir une matrice majeure du génie créateur de l’homme.

 

4 - Principe d’humanité : nous estimons que le temps où chaque civilisation pouvait vivre de façon séparée et auto-suffisante est terminé. Et par conséquent que notre tâche essentielle est de faire contribuer la culture islamique à la constitution d’un humanisme universel, capable de mobiliser et de rassembler tous les peuples de la terre dans un projet de civilisation unique, tawhid de demain : unifier les forces spirituelles et matérielles de la civilisation dans le but éthique d’aider chaque être humain à accomplir ses possibilités les plus hautes.

 

            Dans son livre « L’islam sans soumission, pour un existentialisme musulman » [2], A. Bidar nous dit ceci : « C'est l'enjeu même de ce livre que de poursuivre ce dialogue pour former une image de l'homme qui soit au confluent d'une rencontre entre grandes cultures - en l'occurrence ici au moins entre Occident et islam. Mais en raison de la "valeur de ses valeurs" il ne faudrait pas que l'Occident arrive à la table de discussion en position de désespéré (qui ne croit plus en ses valeurs) et d'accusé (qui se sent coupable d'impérialisme culturel, et qui se trouve objectivement accusé de vouloir imposer sa version de l'humanisme au monde entier). Retrouvons, nous occidentaux, un capital de foi en nous-mêmes, en notre vocation profonde à proposer au monde de 'l’universel. Or cela commence par une confiance renouvelée en ces droits (qui ont été et sont toujours le moteur de tant de luttes d'émancipation des consciences et des peuples depuis deux siècles) et par la conscience que leur valeurs est déjà largement reconnue au niveau planétaire comme le premier jalon d'une forme mondiale d'humanisme. (...)

 

            Voilà ce qui suffit, me semble-t-il, à leur donner le droit d'exiger et de refuser des choses précises vis-à-vis du monde musulman. C'est ainsi que, de façon parfaitement légitime, ils contestent une anthropologie et une éthique islamique traditionnelle qui ne définissent et ne reconnaissent l'homme que comme créature servile dont les droits en tant que tels se limitent à des droits de "soumission fixés par Dieu". Il y a là une contradiction frontale entre la dogmatique islamique et les droits de l'homme que les musulmans devront avoir le courage de regarder en face, c'est à dire d'affronter dans un dialogue avec le reste du monde (...). La pensée islamique n'a plus le droit de ne plus tenir compte de cela. »

 

            Alors nous, musulman(e)s appartenant de fait à une minorité sexuelle, sommes confiants en l’avenir de notre pays. Car la laïcité à la française est un rempart contre les extrémismes de tous bords : contre le racisme comme l'intégrisme religieuse.  Ainsi, comme le disait il y a peu encore la première élue musulmane de la république, Madame Bariza Khiari : 

« Suis-je une citoyenne à part ?  Non, je suis une citoyenne à part entière ! (…) J’ai envie de vous parler d’un islam que vous ne connaissez pas. D’un islam familial, tranquille, plus attaché à l’essence des choses qu’à l’observance des dogmes, un islam fait d’amour, de culture, de poésie, de musique, d’enchantements. J’appartiens à une famille confrérique soufie, venue en France depuis l’Algérie quand j’étais encore bébé. Je suis donc une musulmane sunnite, de rite malékite et de tradition soufie. Et notre islam, comme celui de la grande majorité des musulmans, est un islam complètement apaisé, ouvert, tolérant, en cohérence avec la tradition laïque française » [3]. « La France n'est pas raciste, elle est conformiste. On reproduit les schémas  connus, on ne prend pas de risque! (...) Nous étions des beurs, nous étions des sauvageons, des arabes, des racailles, nous étions issus de l'immigration... Tout cela va disparaître et nous resterons musulmans ».

            Alors ainsi soit-il, de la même façon aujourd'hui certains nous qualifient « d'homos musulmans » ; pourquoi pas après tout puisque le terme existe. Demain tout cela va disparaître et nous resterons des citoyens à part entière !

            Nous, homosexuel(le)s musulmans sommes confiants en notre avenir. Alors comme le dit si bien le chanteur Abdel Malik, Chevalier des arts et des lettres : « qu’Allah bénisse la France ! »

 

 


 

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Consulter également 


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Références bibliographiques

[1]          T. Oubrou (2009). « Profession imam référence ». Albin Michel, Paris.

[2]            A. Bidar (2008). « L'islam sans soumission: pour un existentialisme musulman », Albin Michel, Paris

[3]            Interview de Madame Bariza Khiari : « J’ai envie de vous parler d’un islam que vous ne connaissez pas », propos reccuillis par               Marc Lemonier disponibles sur http://hebdo.nouvelobs.com/hebdo/parution/p2354/articles/a415102-.html?xtmc=algA_rie&xtcr=1



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COLLECTIF CITOYEN POUR UN ISLAM DE FRANCE VÉRITABLEMENT INCLUSIF, 

& UNE LAÏCITE VÉRITABLEMENT RESPECTUEUSE DE TOUTES LES CROYANCES.

Porte-parole, L.Zahed

Au plaisir de bientôt vous comptez parmi nous.
http://www.homosexuels-musulmans.org
homomusulmans@gmail.com



   

HM2F, notre collectif citoyen, est coordinateur international de la conférence internationale
CALEM - financée en 2012 par le conseil de l'Europe et qui reçu le prix
Pierre Guénin de SOS homophobie -,
membre de la Fédération LGBT, du RAVAD, de l'ILGA ;
membre des collectifs interassociatifs Pinar Selek et IPERGAY, et
membre fondateur du MTE.

Le collectif HM2F est l'aboutissement d'une collaboration fraternelle entre des homosexuel(le)s (ou des citoyens appartenant à d'autres minorités sexuelles visibles) : qu'elles ou qu'ils soient athés, de confession juive, de confession musulmane, chrétienne, bouddhiste ou autre... C'est une grande fierté !
Et nous fomentons le secret espoir à la face du Destin, que cette pluralité et ce "vivre ensemble" citoyen et collégial,
restera la pierre angulaire sur laquelle nous continuerons de bâtir nos projets communs, inch'Allah.