Contre la violence - l'infrahumanisation  |  Pour un humanisme islamique progressiste, égalitaire


La déshumanisation des minorités sexuelles
Jack Fertig, en réponse à Tariq Ramadan
"L'homosexualité est un choix"




L'infra-humanisation, la déshumanisation des minorités sexuelles
LGBTQI* par certains musulmans radicaux
*Lesbiennes, gais, bisexuel-le-es, transidentitaires, queer, intersexes




                Aujourd’hui à l’aube du troisième millénaire en France et en Europe, qui peut encore se permettre de discriminer ou de stigmatiser un individu en raison de sa sexualité ? Qui pourrait priver un individu, et ce en raison de son orientation sexuelle, d’exprimer sa spiritualité sous une forme ou une autre ? Car force est de constater qu’aujourd’hui en Europe, nombreux sont ceux qui tentent de concilier traditions, foi religieuse,  spiritualité humaine, avec ce qui relève du domaine de la vie privée : notre préférence affective et sexuelle, quelle qu'elle soit.

 

           

                Selon les nombreuses études statistiques en la matière réalisées depuis plusieurs décennies, tout porterait à croire que nous serions plus de 100 millions de musulmans à être homosexuels. Ou à faire partie de ce que certains qualifient de « minorité sexuelle » (minorités pas toujours visibles, surtout en terre d’islam), avec toutes les controverses qu’on peut imaginer au sujet de ce genre de classification [1]. Hors l'acceptation d'une telle réalité pose, est-il besoin de le rappeler, un réel problème parmi certains musulmans. C’est là une problématique plus générale d'acceptation des droits des minorités sexuelles, que certains musulmans (qui se décrivent eux-mêmes comme « radicaux ») ne peuvent plus se permettre d'ignorer, à une époque souvent décrite comme libertaire, mais où en réalité l'individu n'a jamais été autant catégorisé, notamment en fonction des caractéristiques personnelles les plus saillants de sa vie privée, de son orientation sexuelle plus particulièrement.

                En France, lorsque l’on est homosexuel de fait et d’une origine socioculturelle (ou issue d'un milieu familial) musulman, on peut heureusement s'appuyer sur l'arsenal légal de lutte contre les discriminations en vigueur dans notre pays (notamment grâce à la HALDE : l’organe gouvernemental représentant la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l'Egalité). Rappelons que la discrimination vis-à-vis des homosexuels est une l’une des dix huit formes de discriminations désormais interdites par le code pénal.

                Pourtant, force est de constater que cela est loin d’être suffisant, à une époque où certains musulmans radicaux n’acceptent pas l’idée de vivre au sein d’une communauté républicaine où, et c’est une bonne chose de notre point de vue, les homosexuels ont de plus en plus de mal à accepter d’être des citoyens de seconde zone qui ne s’assumeraient pas ; souvenons-nous de l’incident entre une équipe de football gay et une équipe de football de banlieue parisienne, qui refusa de jouer un match sous prétexte que leurs adversaires étaient homosexuels [2]. Cette forme de discrimination propre aux homosexuels musulmans de France est d’autant plus insupportable de leur point de vue, lorsque ces homosexuels sont eux-mêmes croyants, voir même pratiquants. Car rappelons-le, avoir des convictions religieuse est une des libertés inaliénables de l'individu. Qui pourraient alors interdire à un individu d’embrasser telle ou telle croyance ou forme de spiritualité, simplement sous prétexte qu’il ou qu’elle est né(e) homosexuel(le) !?

 

                Là en effet, les choses se corsent. D’une part on le voit bien, parce les positions radicales de l’islam intégriste en France (ou ailleurs : en Egypte et en Ouganda récemment, en Algérie, en Iran depuis longtemps) sont de plus en plus ouvertement homophobes. Mais aussi parce que certains concitoyens français ne comprennent pas pourquoi un homosexuel voudrait adhérer à une croyance qu’ils (pré)jugent intrinsèquement homophobe. Enfin, et c’est sans doute le plus étonnant, parce certains homosexuels de confession musulmane pensent eux aussi que l'homosexualité est une sorte « d'inversion », de « déséquilibre émotionnel ». Fascinant n’est-ce pas !? Alors qu’on sait aujourd’hui que l’homosexualité (la sexualité de manière générale) fait partie des composantes naturelles de la Vie (qu’elle qu’en soit les variables déterminantes prises en considérations : génétique, hormonal au stade embryonnaire, socioculturelles, psychoaffectives, etc.). Une des questions serait par conséquent de déterminer quelles mecanismes psychologiques, sociétaux, historiques ou autres, peuvent expliquer que ces homomusulman(e)s aient une telle representation degradée d'eux-mêmes ?

                Est-il besoin de rappeler que les récentes recherches en psychologie et en neurosciences cognitives tendent à prouver que l'homosexualité (la sexualité en général) n’est pas un choix conscient, mais bien une réalité que l'on apprend à découvrir dès l'adolescence [5] D’ailleurs, il faudrait être masochiste pour choisir d’être homosexuel, dans une culture où l’on sait que la plupart des individus appartenant à une minorité sexuelle se font rejeter par leur famille, leurs amis, stigmatiser à leur travail ou dans leur entourage en raison de leur préférence affective et sexuelle (éventuellement aussi en raison de leur origine culturelle) !?

                Il n’en reste pas moins que de notre point de vue, qu’il serait bon d’en savoir plus sur les raisons qui poussent une minorité d’homosexuel(le)s musulman(e)s à refouler leur sexualité, à penser qu’ils ou qu’elles ne sont pas en mesure de l’assumer, à intérioriser des normes d’infrahumanisations [3] apposés jusque récemment (1981, dépénalisation de l’homosexualité en France) par la majorité, au front de la minorité homosexuelle dans son ensemble, perçue comme différente, aliénée. Des processus psycho-sociaux reposant sur des mécanismes de rejet de la différence de l’Autre, qui sont bien connus et abondemment étudiés depuis les années soixante, d’abord aux Etats-unis où la minorité W.A.S.P. (white, anglo-saxon, protestant) qui eux aussi à l’époque, pensaient que les minorités raciales ou sexuelles étaient indigne de l’amour de Dieu, simplement en raison de leur différence : une différence qui les rendaient aux yeux de la majorité au pouvoir, moins digne que des humains à part entière (infra-humains). Une attitude qui à n’en pas douter a permis à la majorité W.A.S.P. de ne pas remettre en question les traitements là pour le coup clairement inhumain qu’ils faisaient subir aux minorités, du moins pour un temps. Nous connaissons aujourd’hui la suite de cette Histoire là.

                Et je crois retranscrire le questionnement de la majorité des homosexuel(le)s musulman(e)s qui se posent la question suivante : quelle est la représentation de cette différence homosexuelle que veut élaborer demain un islam de France en pleine réforme ? Un islam que beaucoup espère progressiste, ouvert, universellement fraternel et œcuméniste ; l’islam d’une vie spirituelle loin de tout extrémisme, de toutes formes de radicalisation. Car à n’en pas douter la représentation que l’on aura construit demain de cette islam là, deuxième religion de France, a et aura de plus en plus semble-t-il de répercussions sur la vie de citoyens français homosexuels ; qu’ils soient musulmans ou non, pratiquants ou sans confessions religieuses particulières (athés, agnostiques ou autre), mais pourtant issue d'un milieu familiale musulman, dont on sait pertinemment qu’il est toujours fortement influencé par la représentation que l’on d’un islam qui a besoin d’être réformé (c’est à peu près un consensus islamique général sur la question) ; une réforme dont on nous parle tant aujourd’hui et ce depuis de nombreuses années, dont on a pourtant aucune garantie qu’elle accouchera d’une représentation de l’islam compatible avec les principes inconditionnelles de liberté et d’égalité, sur lesquelles est bâti l’ensemble de notre édifice républicain.

                Les réponses que nous apporteront ensemble (ou pas), auront des répercussions directes et/ou indirectes sur l’ensemble de la communauté LGBT  française (lesbienne, gay, bisexuel, transsexuel). Car nul besoin de nous voiler la face (c’est le cas de le dire) : les droits de l’individu ne sont jamais acquis pour toujours. C’est un combat que chaque génération se doit de renouveler, doit s’approprier ; et si une partie des homosexuels (en raison de leurs origines ou de leur confession religieuse) est muselée, attaquée aujourd’hui, qu’adviendra-t-il demain du débat sur l’égalité des droits, sur le droit à cette indifférence, à ce respect inconditionnel, auquel on droit d’aspirer l’ensemble des homosexuel(le)s en France … ?

 

               La condition des homosexuels au sein du monde arabo-musulman, dont sont originaires la grande majorité des musulmans occidentaux, est souvent abominable ; un héritage culturel, une représentation de l’homosexualité émanant de pays arabo-musulmans où  aujourd’hui encore, les individus appartenant à une minorité sexuelle sont discriminés indirectement, pour diverses raisons invoquées (protection de l’enfance ou autre) ; ou directement : emprisonnement (comme en Egypte par exemple) et même peine capitale (en Arabie Saoudite, en Iran, en Ouganda bientôt si nous ne faisons rien). Cela bien entendu en violation directe de la convention internationale des droits civils et politiques de tout individu (et dans 77 pays du monde où l’homosexualité est encore interdite) [4].

                C’est ainsi qu’aujourd’hui nous sommes de nombreux français et françaises homosexuel(le)s (ou européens, et même d’ailleurs), d’origine culturelle ou de confession musulmane, à nous être regroupés au sein d’un collectif citoyen LGBT, afin tout d’abord de nous inscrire en faux contre la stigmatisation et la discrimination d’où qu’elle vienne, des homosexuel(le)s musulman(e)s de France. Mais également afin d’explorer les différentes voies possibles qui s’offrent à nous, afin de concilier notre foi et notre sexualité, en prenant pour cela exemple également sur nos associations sœurs de croyants homosexuels (l’ensemble de nos objectifs sont détaillés en première page de notre site Internet [6]) ; enfin, dans la perspective d’échanger nos points de vue sur de nombreux sujets, comme celui de savoir comment vit-on sa sexualité et son identité multiple, sa culture, ses traditions diverses, son islam éventuellement, ici chez nous en Occident (en France, au Royaume-Uni ou ailleurs en Europe). Mais aussi simplement pour nous rencontrer, nous soutenir mutuellement et apprendre à connaitre cet Autre... qui est un peu une part de nous-mêmes

                Oui, aujourd’hui à l’aube du troisième millénaire en France et en Europe, qui peut encore se permettre de discriminer ou de stigmatiser un individu en raison de sa sexualité ? Personne puisque c'est contraire à la loi nationale et supranationale européenne; pourtant certains penseurs radicaux semblent vouloir contourner la loi, ou plus exactement... ils ne semblent pas vouloir dire clairement ce qu'ils pensent : pourquoi donc !?

                Comment une religion qui se dit être de notre Dieu adoré, pourrait-elle condamner ce qui a été crée de sa Main ? Accepter les homosexuels serait un "relativisme culturel" !? Le propre même de la discrimination, c'est de juger un individu en raison des caractéristiques que l'on attribue au groupe social auxquel il ou elle appartient, plutôt que de le considérer sur ses caractéristiques personnelles. Et ça, cela n'a rien d'un relativisme culturel, n'en déplaise aux musulmans radicaux de tous bords.

                   Monsieur Ramadan - par exemple, dans son article "Islam et homosexualité" - et les musulmans radicaux, tous comme les rigoristes extrémistes, peuvent bien entendu avoir leur propre conception de ce que doit être un musulman : c'est leur droit, c'est leur liberté. Pour autant cette liberté doit s'arrêter là où commence celle des personnes LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels, transexuels) en France. Nos frères et nos soeurs n'ont pas à nous "infra-humniser" en nous traitant de "pervers" et de "désequilibrés". Comme le fait pourtant Monsieur Ramadan, avec des conséquences fâcheuses sur l'islamophobie en général, et la peur d'un Islam radical que certains de nos confrères veulent museler comme c'est le cas à l'université libre de Belgique...

            Alors oui, avoir des positions clairement contre l'homophobie peut être dangeureux de nos jours, même pour des musulmans radicaux confrontés à des extrémistes encore plus rigoristes, qui interprétent les textes coraniques en dehors de leur contexte et qui se permettent de condamner à mort leurs semblables avec légèreté. Pourtant le prophète Mahomet  n'a-t-il pas interdit que l'on violente les minorités sexuelles !?

    Pourtant, il nous faut être courageux et ne pas céder aux pressions des plus extrémistes ! A l'heure actuelle en France tout particulièrement, les musulmans réclament l'égalité et le respect au sein d'un éspace publique qui fait longuement débat aujourd'hui (notamment au sujet du voile islamique intégral), comment espérer que nous musulmans serons respectés demain ici chez nous en France, si nous n'appliquons même pas les principes républicains fondamentaux (par exemple en suivant les raisonnements de prêcheurs venus de Suisse ou d'ailleurs) ?

                Comment les musulmans peuvent espérer un jour participer au concert des nations et notamment ici en France à la vie de l'agora (la vie publique), s'ils ne sont pas en mesure de sanctifier une Différence (qu'elle soit homosexuelle ou autre) envers laquelle l'islam a de tout temps inculqué le respect, et la même été jusqu'à la sacraliser (Islam cela veut dire "paix").

            Comment les musulmans peuvent espérer un jour être pleinement respectée, s'ils ne respectent pas eux-mêmes ces universaux d'humanitésanctuarisés, sur lesquels toute communauté humaine tend à être batie depuis la nuit des temps ( "humanitas" : en latin cela désigne l'ensemble des caractéristiques communes à tous les êtres humains, quel que soit leur sexe, leur genre, leur préférence sexuelle,leur origine ethnique, la couleur de leur peau, leur niveau intellectuel ou le fait qu'il soit en situation de handicap, etc.).

            Par ailleurs, de quel droit certains penseurs musulmans peuvent-ils s'arroger le droit d'engager la parole de l'ensemble d'une communauté musulmane qui sera demain à son tour stigmatisée comme étant prétenduement homophobe !? En ces temps difficiles où certains extrémistes ont vite fait d'opposer religion musulmane et citoyenneté française, il parait clair qu'en tant que musulmans de France nous pourrions tous nous passer de ce genre de mauvaise publicité.

                Enfin, cette forme de violence indirecte (qui consiste à qualifier injustement les homosexuels de pervers et de déséquilibrés), conduit à une forme de violence tout à fait directe (agressions homophobes dans les quartiers, mais aussi ailleurs sur le territoire républicain, insultes, discriminations divers), qui menent de nombreux jeunes et moins jeunes homosexuels jusqu'au suicide! Est-ce là une façon de venir en aide aux plus faibles d'entre nous ? De les qualifier, simplement parce qu'ils sont né(e)s différents, de "pervers" !?   

                C'est l'une des raisons pour lesquelles nous HM2F, considérons que la liberté d'expression des uns s'arrêtent là où commence la liberté des autres, en l'occurence des homosexuel(le)s musulman(e)s à exister tout simplement, et notamment à ne pas être pendus haut et court comme en Iran par exemple, ou ailleurs...

                Un documentaire plein d'enseignements sur les raisons de la situation dramatique que vivent nos frères et nos soeurs homosexuel(le)s de confession musulmane, dans le monde arabo-musulman. Pourtant, à tort ou à raison, les pays arabes (le Maghreb en particulier) ont longtemps était considérés comme une terre tolérante envers les homosexuel(le)s. Force est de constater qu'aujourd'hui cela n'est plus le cas ! - le reportage sur les mariages gays au Maroc, est accessible en ligne en cliquant ici.  Et pourtant  l'exécution des homosexuel(el)s musulmans continue de faire rire le président iranien, Monsieur Ahmadinedjab...


                En 2008 à Madrid a eut lieu la conférence internationale pour le dialogue entre les religions. Les différents articles de cette déclaration (*) ne présice pas ce qu'ils entendent par "comportements déviants". Est-il raisonable de croire qu'une version prochaine de cette déclaration interreligieuse, prétenduement universelle, défendra un jour les minorités sexuelles contre les discriminations et les violences auxquelles ils sont confrontés (particulièrement dans le monde arabomusulman) . . . ?

* Déclaration de Madrid, l'Article 7 souligne : "L'importance de la Religion et des valeurs morales et la nécessité pour l'homme de revenir à son Créateur dans sa lutte contre la criminalité, la corruption, la drogue, et le terrorisme, et dans la préservation de l'institution de la famille et la protection des sociétés contre les comportements déviants".

                Le respect des droits de l'individu sont l'affaire de tous, en cela il ne peut y avoir de demi mesure. Nous, individus appartenant à une minorités sexuelle car c'est notre nature profonde sans que nous ayons à le choisir, sommes à l'avant garde d'évolutions sociétal et axiologique que tous (en particulier les croyants) nous devront intégrer à notre système de croyances à l'avenir ; intégrer à la représentation que nous avons de nous-mêmes et de l'Autre.

            Ce que nous voulons ce n'est pas que certains musulmans deviennent homosexuels, ils le sont déjà (par une « prédétermination » génétique, socio-affective, psycho-cognitive... Peu importe, telle est Sa volonté). Ce que nous voulons en tant qu'homosexuel(le)s musulmans, c'est que l'on reconnaissent cet état de fait, celui de notre "différence" (la Nature est faite de différence, c'est sa richesse) ; plutôt que de nous obliger à le vivre comme un tabou dont on sait pourtant très bien qu'il est toléré dans tous les pays musulmans, comme ailleurs.

                Et ce en dépit du fait que d’assumer ouvertement son homosexualité reste un crime dans de nombreux pays (dont la plupart sont à majorité musulmane). Consulter le rapport d'Amnesty International sur la criminalisation de l'homosexualité, en cliquant ici.


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Consulter également la traduction de HM2F pour l'un des premiers articles jamais publié
à propos de l'identité des queer musulman-e-s dans le Coran et la sunnah

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Références bibliographiques


[1]            The Kinsey Institute: http://www.kinseyinstitute.org/
[2]            Le blog de Mohamed Sifaoui: http://www.Mahomet-sifaoui.com/
[3]            Leyens & al. (2009). “From infra-humanization to discrimination: The mediation of symbolic threat needs egalitarian norms”.     
                Journal of experimental social psychology; 45-2, p.336-344.

[4]            Amnesty internationale :
                http://www.amnesty.org/en/library/asset/POL30/003/2008/en/d77ce647-4cd3-11dd-bca2-bb9d43f3e059/pol300032008eng.pdf

[5]            Le magazine Sciences Humaines : http://www.scienceshumaines.com/-0ales-causes-de-suicide-chez-les-homosexuels_fr_3311.html

[6]            Homosexuel(le)s musulman(e)s de France :http://www.homosexuels-musulmans.org 

Un article rédigé par L. Zahed, pour la commission "Refléxion Islam" - HM2F
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"Response to Tarek Ramadan"
Jack Fertig
En réponse à Tariq Ramadan,
est un article paru dans le magazine Hurya en septembre 2009.
En voilà une traduction libre en français - traduction de L.Zahed


             

        Force est de constater que l’islam d’aujourd’hui est bien loin de l’idée que s’en faisait même certains européens il y a quelques décennies de cela. Annie Besant opar exemple, une féministe anglaise, faisait ouvertement l’éloge de la religion de Mahomet ASWS : « Il est impossible, pour quelqu’un qui étudie la vie et le caractère du grand Prophète d’Arabie, pour quelqu’un qui sait comment il enseignait et de quelle façon il vivait, d’avoir d’autre sentiment que le respect pour ce Prophète prodigieux, l’un des grands messagers de l’Être Suprême. Même si mes discours contiennent bien des choses qui sont familières à beaucoup d’entre vous, chaque fois que moi-même je les relis, je sens monter en moi une nouvelle vague d’admiration, un nouveau sentiment de révérence, pour ce prodigieux grand maître arabe »[1]. Comment ne pas reconnaitre la noblesse de caractère d’un homme qui, il y a plus de quatorze siècles de cela, inculquait à son peuple que « Le Musulman est le frère du Musulman. Il ne le trahit pas, ne lui ment pas et ne se refuse jamais à le secourir. Tout Musulman est sacré pour tout autre Musulman : son honneur, ses biens et son sang. La piété est ici (et il fit signe trois fois à sa poitrine). Il suffit à quelqu’un pour être mauvais de mépriser son frère Musulman » [2]. Alors, lorsque les musulmans dogmatiques parle de l’homosexualité, est-ce véritablement au nom de l’islam qu’il le font ?

 

J’ai découvert aussi la réponse possible des musulmans progressiste nord-maéricains, au propos d’un Tariq Ramadan qui nous dit que l’islam, comme les autres religions, considéreraient l’homosexualité comme un « déséquilibre » et une « perversion »[3] : « En islam la condamnation de l'homosexualité reste entièrement basée sur l'histoire de Loth (Sodome et Gomorrhe), qui traite des hommes qui violent d’autres hommes. Cette situation est communément répandue dans les prisons, et nous observons ce genre de comportements aussi dans les situations où les hommes qui s'identifient comme des hommes hétérosexuels attaquent d’autres hommes qu'ils perçoivent comme gay »[4]. Les musulmans progressistes américains ont répondu à l’article de Ramadan en rappelant que : « La façon dont l'homosexualité et l'Islam sont représentés l’un en opposition à l’autre crée une fausse dichotomie et n’œuvre nullement en faveur de la communauté LGBT ni en faveur des musulmans. L'un des aspects les plus intéressants de cette question est de voir le nombre de personnes qui étaient pourtant ouvertement anti-gay et « défenseurs de la tradition», et qui ont soudainement décidé d'inclure les homosexuels dans leur défense de la culture occidentale. Des « amis » comme ça, personne n'en a besoin. Frère Tarik [Ramadan] traite ici bon nombre de questions, ce qui prête plutôt à confusion. Mais l'une des belles choses à propos de l'islam, c'est qu'il reconnaît que nous sommes tous en droit d'apporter nos propres points de vue, des préjugés et des lacunes d’information à toute argumentation, et l’on se doit d’écouter les différentes opinions avec respect.

            Le terme «homosexualité» et la compréhension de ce mot ont une histoire particulière. Le terme lui-même a été inventé en 1868 à des fins politiques et a rapidement trouvé un créneau médical[5]. Nous savons qu'il y a eu des amours entre personnes de même sexe à travers l'histoire, que l’homosexualité existe dans toutes les cultures humaines et qu'il existe même une activité homosexuelle chez des centaines d’espèces animales. Il existe un corpus croissant de preuves scientifiques selon lesquelles l'attraction entre individus de même sexe est innée, qu’elle a une grande composante génétique. Tout comme le fait d’être gaucher, la couleur  de ses yeux ou sa taille, cela fait partie d'une série de variations normales. Toutefois, la façon dont la sexualité est comprise varie considérablement d'une culture à l'autre. Frère Tarik fait une déclaration très ferme sur l'universalité du rejet de l'homosexualité par toutes les religions, mais il y a pourtant un nombre croissant de religions qui acceptent l’amour entre individus de même sexe : les Unitariens, les Quakers, et un nombre toujours croissant de confessions protestantes, acceptent des membres LGBT et proposent le mariage entre individus du même sexe. Dans les plus grandes confessions - les luthériens, les anglicans et presbytériens - la question était controversée, précisément parce que les partisans de l’amour entre individus de même sexe ont gagné de plus en plus de terrain. »

Effectivement, c’est le cas notamment en Suède où une femme, lesbienne, a été élue à la tête de l’évêché de Stockholm. Alors en quoi ces chrétiens seraient moins croyants ou moins « éthiques », lorsqu'ils acceptent des femmes lesbiennes d'église ? Car en définitif, qu’y aurait-il de si choquant à admettre que la représentation que l’individu à de son rapport au Religieux, évolue avec le temps ; et comme le dit si bien Dounia Bouzar, historiquement, sociologiquement, anthropologiquement parlant il est un fait que «  chaque être humain lit sa religion en fonction de ce qu’il est (…). L’interprétation est toujours le fruit d’un dialogue entre ce que l’on est et ce que l’on comprend du message divin. L’histoire qu’on se fait de sa religion dépend de sa propre histoire. C’est ainsi pour toutes les religions. Et comme les musulmans sont bien des gens comme les autres, il n’y a pas de raison qu’il en aille différemment pour eux, pour elles »[6]. Encore une fois, d’affirmer que les musulmans ne seraient, par essence, pas capable de ce genre d’élaboration axiologique à l’avenir, serait une affirmation ubuesque, voir raciste, islamophobe. La majorité des musulman-es sont tout à fait aptes à se représenter le fait qu’une religion n'est pas un simple corpus de textes orthopraxiques à appliquer à la lettre sans réfléchir. Une religion ce sont ces textes, son contexte, son rapport au texte et son histoire. En d'autres termes, c'est une dynamique et non une statique : l’islam, comme toutes les religions, se doit être une religion qui respire. 

En redynamisant la définition de l'islam par la remise de l'être humain au centre de la construction religieuse, Dounia Bouzar fauche complètement sur leurs appuis tous les discours prônant la nécessité d'une intégration de l'islam en soi puisque, selon cette optique, un tel islam n'existe tout simplement pas[7]. De même, pour Olivier Roy « la religion pure essentialisée » n'existe pas. Mais Olivier Roy montre brillamment dans son ouvrage que ce qu'on nomme les NMR - nouveaux mouvements religieux - ont cette particularité justement de nier la culture dans laquelle baignent les religions pour ne retrouver qu'une religion épurée, essentialisée, éthérée qui puisse se « consommer » par n'importe qui sur la planète (ex. le salafisme, le protestantisme évangélique, le mormonisme, etc.)[8]. Je précise que pour les salafistes par exemple – ceux de mon adolescence en Algérie - la culture n'est pas niée, au contraire : elle est érigée en absolue. L'islam n'est islam que si et seulement s’il s'inscrit dans une identité culturelle arabe, si bien que l'on a la forte impression que le salafisme est un panarabisme, beaucoup plus qu'un islamisme fondamental. Pour les salafis de mon adolescence en effet, en Algérie du moins, tous musulmans se devaient de clamer en même temps leur "arabité". Tout comme al-Qaradawi - pour ne parler que de lui - qui nous apprend qu'une tradition, qui n'est pas en désaccord avec la "loi islamique", acquiert force de loi. Si ce n'est pas là la volonté d'ériger la tradition en loi immuable alors ... N’est-ce pas l’illustration parfaite que la mémoire de notre Culture humaine et, au moins en partie, une reconstruction a posteriori, tout comme la représentation que l'on a de la religion d'ailleurs ?

Une religion (islam ou autre), ce n'est pas un simple corpus de textes doctrinaux à prendre ou à laisser, une religion c'est texte, contexte, rapport au texte et histoire. En d'autres termes, c'est une dynamique et non une statique. En redynamisant la définition de l'islam par la remise de l'être humain au centre de la construction religieuse, Dounia Bouzar fauche complètement sur leurs appuis tous les discours prônant la nécessité d'une intégration de l'islam en soi puisque, selon cet optique, un tel islam n'existe tout simplement pas... ! Une religion (islam ou autre), ce n'est pas un simple corpus de textes doctrinaux à prendre ou à laisser, une religion c'est texte, contexte, rapport au texte et histoire. En d'autres termes, c'est une dynamique et non une statique. En redynamisant la définition de l'islam par la remise de l'être humain au centre de la construction religieuse, Dounia Bouzar fauche complètement sur leurs appuis tous les discours prônant la nécessité d'une intégration de l'islam en soi puisque, selon cet optique, un tel islam n'existe tout simplement pas... ! Une religion (islam ou autre), ce n'est pas un simple corpus de textes doctrinaux à prendre ou à laisser, une religion c'est texte, contexte, rapport au texte et histoire. En d'autres termes, c'est une dynamique et non une statique. En redynamisant la définition de l'islam par la remise de l'être humain au centre de la construction religieuse, Dounia Bouzar fauche complètement sur leurs appuis tous les discours prônant la nécessité d'une intégration de l'islam en soi puisque, selon cet optique, un tel islam n'existe tout simplement pas... ! Une religion (islam ou autre), ce n'est pas un simple corpus de textes doctrinaux à prendre ou à laisser, une religion c'est texte, contexte, rapport au texte et histoire. En d'autres termes, c'est une dynamique et non une statique. En redynamisant la définition de l'islam par la remise de l'être humain au centre de la construction religieuse, Dounia Bouzar fauche complètement sur leurs appuis tous les discours prônant la nécessité d'une intégration de l'islam en soi puisque, selon cet optique, un tel islam n'existe tout simplement pas... ! Une religion (islam ou autre), ce n'est pas un simple corpus de textes doctrinaux à prendre ou à laisser, une religion c'est texte, contexte, rapport au texte et histoire. En d'autres termes, c'est une dynamique et non une statique. En redynamisant la définition de l'islam par la remise de l'être humain au centre de la construction religieuse, Dounia Bouzar fauche complètement sur leurs appuis tous les discours prônant la nécessité d'une intégration de l'islam en soi puisque, selon cet optique, un tel islam n'existe tout simplement pas... !

            Le rejet de cette évolution de la représentation qu’une minorité de musulmans continuent de vouloir conserver de leur sexualité humaine, de leur rapport à l’Autre et à leur propre corps, est plus vraisemblablement comme l’explique très bien l’imam Hendricks une question de choix ; monsieur Ramadan peut faire le choix de ne pas accepter l’homosexualité au sein de son obédience dogmatique particulière, sans pour autant nous faire croire qu'il parle au nom de tous les musulmans, en nous rabaissant au rang inhumainement inférieur de déséquilibrés mentaux et de pervers. Sans parler du fait que certains courants chrétiens se divisent justement en raison de l’acception de l’homosexualité - notamment l’église anglicane américaine, décembre 2008. Devra-t-il y avoir un schisme nouveau au sein de l’islam, entre musulmans d’orient et d’occident, avant qu'au-delà de la question de l’homosexualité, la question du libre arbitre individuel et du respect, plus même encore, de la sanctification de la différence comme fondamentalement constitutive de notre Humanité, acquiert sa pleine place au sein d’un Islam progressiste et post moderne ? Est-ce ce genre de schisme que les musulmans dogmatiques veulent pour la « Oumma » - ce qu’ils considèrent comme la grande nation musulmane ? Est-ce avec ce genre d’exemples là que les musulmans prétendent contribuer à l’avènement de l’Universel sur Terre ?

            Et Jack Fertig de poursuivre : « Qu'est-ce que la majorité des rabbins acceptent ? De cela je ne peux rien dire, mais les juifs réformés ainsi que certaines branches du judaïsme conservateur commencer à accepter l'homosexualité. Rabbins gays et lesbiennes sont monnaie courante et siègent à des conseils rabbiniques. Un petit mais croissant nombre de groupes musulmans sont de plus en plus tolérant à cet égard. En islam la condamnation de l'homosexualité reste entièrement basée sur l'histoire de Loth (Sodome et Gomorrhe), qui traite des hommes qui violent d’autres hommes. Cette situation est communément répandue dans les prisons, et nous observons ce genre de comportements aussi dans les situations où les hommes qui s'identifient comme des hommes hétérosexuels attaquent d’autres hommes qu'ils perçoivent comme gay. J'ai personnellement connu des hommes qui ont été sauvagement attaqués par un groupe d’hommes et ont subi un viol collectif. Il y a aussi ces histoires d’abus perpétrés par la police égyptienne et iranienne. Et cela n'a absolument rien à voir avec les hommes qui aiment les hommes ou les femmes qui aiment les femmes.

            L’affirmation de frère Tarik selon laquelle « les musulmans sont maintenant appelés à condamner le Coran, et à accepter de promouvoir l'homosexualité afin d’entrer dans le monde moderne », est tout à fait exagérée. Il y a des gens comme Geert Wilders, qui nous pressent de rejeter ou de réviser le Coran, une attitude bien sûr inacceptable. Certaines personnes ne font ces exigences impossibles qu’afin de créer des polémiques. C'est tout à fait différent de la question de l'homosexualité, même si ces gens exploitent cette question là. L'homosexualité n'est pas quelque chose qui peut être promue, pas plus que d’avoir les yeux bleus ou le fait de mesurer un mètre quatre vingt ne peut être promue. Les gens peuvent faire des expériences sexuelles et « s’amuser » tout comme ils peuvent porter des lentilles de contact ou des talons hauts, mais en définitif on est qui l’on est. L'hétérosexualité est mise en avant et dans de nombreux endroits elle est même rendue obligatoire, toutefois la nature humaine que Dieu à inscrit pour nous finit par avoir le dessus. Et contraindre des homosexuels à des mariages hétérosexuels par pressions culturelles et familiales, donnent malheureusement lieu à des mariages sans amour, qui entraîne souvent une double vie, des individus qui trichent avec leurs proches. Les gays et lesbiennes sont privés d’une relation amoureuse pleinement satisfaisante, tout comme leurs maris et leurs épouses hétérosexuels. Les gays savent que l'orientation sexuelle ne peut pas être promu. Elle ne peut être qu’acceptée - ou rejetée - qu'il existe des personnes ayant des orientations sexuelles différentes, et que chacun, indépendamment de son orientation sexuelle est en mesure d’aspirer à l'égalité des droits.

            Frère Tarik s’adressent aux musulmans vivant dans des pays occidentaux. Des musulmans qui vivent dans des sociétés pluralistes, ou en tant que minorité, et qui sont tenus de respecter les lois et les coutumes des pays dans lequel nous vivons. Dans les pays démocratiques où nous faisons partie d'un dialogue où les attitudes envers l'homosexualité sont en mutation, nous pouvons prendre une part à cette conversation. Politiquement, il est dans notre intérêt de promouvoir l'acceptation de la diversité. Notre religion nous ordonne de « vivre et laisser vivre ». Frère Tarik est tout à fait exact quand il dit: « Il n'y a aucune ambiguïté et c’est amplement claire: les musulmans européens ont le droit d'exprimer leurs convictions tout en respectant l'humanité et le droits des individus. Si nous voulons être cohérents, nous devons respecter cette attitude de foi et d'ouverture. » C'est exactement ce pour quoi les militants LGBT travaillent - ni plus, ni moins. »[9].

            De mon point de vue, et c’est bien là le cœur d’un problème qui ne concerne pas seulement l’homosexualité mais la sexualité et la représentation de soi de tous musulmans : l’acceptation de notre sexualité, de qui l’on est et surtout de ce que nous sommes en tant qu’êtres humains, ici en occident – et très bientôt dans le monde arabe, nous avons désormais toute les raisons d’y croire -, pourrait permettre aux musulmans de mieux comprendre encore le saint Coran, de mieux cerner les tenants et les aboutissants spatiotemporelles et sociétaux, qui ont permis l’avènement d’une civilisation sortie des sables du désert, et de construite sur les bases axiologiques d’une tradition qui doit être vues comme en perpétuelle réforme et sans cesse en évolution. En l’occurrence, ce qui semble faire peur aux dogmatiques – musulmans ou non -, c’est que les musulmans de France et d’ailleurs en Europe, parviennent à la conciliation apaisée de valeurs éthiques universelles, dites occidentales et libertaires, basées sur le bien-être de l’individu et la consécration de sa vie à notre bien aimé Dieu, plutôt que sur une quelconque morale traditionnelle, arabo-musulmane en l’occurrence. 

        Pour moi il apparait clairement que les musulmans de France et les musulmans d’occident, sont avant tout des occidentaux et qu’ici en occident, qualifier les homosexuels de pervers aux comportements « contre-nature », c’est nier leur droit à la différence. Plus encore, c’est ce que je nomme une forme de « sincère schizophrénie » conceptuelle – loin de moi l’idée de qualifiait des intellectuels de malades mentaux[10] ; c’est en soit un raisonnement édifiant, puisque ces mêmes musulmans dogmatiques qui veulent doter l’islam d’un visage humaniste et postmoderne, sont embourbés dans des débats d’un autre âge autour de la normalisation, ou non, de la sexualité et du genre humain – débats qui avait cours ici en occident au XIXe siècle et quoi ne posait, à l’époque, aucun problème aux penseurs du monde arabo-musulman. C’est en substance le constat que fais également l’ancien ministre tunisien de l’éducation, Mohamed Charfi, à propos de l’éducation « islamiste » qui est en totale rupture avec ce que les musulmans vivent par ailleurs au quotidien[11]. De mon point de vue, le problème de l’intégration – des valeurs postmodernes au corpus traditionnel et théorique dit islamique - est bien plus complexe que ne le décrit Monsieur Ramadan. Cette intégration ne saurait être résumée à celui de l’acceptation de l’homosexualité. Pourtant, il est indéniable que le problème de l’acceptation d’une liberté de choix, notamment du point de vue de l’autodétermination que chacun peut faire de son genre et de sexualité, est un « symptôme » en quelque sorte qui en dit long en effet sur la maladie qui touche les musulmans d’occident et d’ailleurs. C’est une problématique axiologique et sociétale qui est en partie liée au refus pur et simple de respecter pleinement le droit à la différence : un droit fondamental de l’individu, notamment lorsqu’il s’agit d’assumer ou pas une sexualité - tout autant qu’une origine socioculturelle ou ethnique -, que nul d’entre nous n’a choisi.

C’est donc bien là d’une sincère schizophrénie dont il s’agit selon moi. C’est un clivage qui repose fondamentalement sur la dichotomie entre deux représentations identitaires en apparence incompatibles, selon les musulmans dogmatiques ; être un bon musulman, partisan du Tawhid de notre humanité, c’est ne pas avoir de positions excluantes. Pourtant, certains semblent faire preuve d’une incapacité viscérale à leur sincère désarroi – que j’ai constaté personnellement à plusieurs reprises – à trouver une solution simple à un problème en soit complexe, et qui mêle tout à la fois géopolitique, éthique et spiritualité. Aujourd’hui, certains penseurs musulmans disent avoir évolué sur ces questions là ; Tariq Ramadan dit avoir des réserves quant au mariage et à l’adoption pour tous les couples – y compris les couples de même sexes -, mais il affirme réfléchir à l’intégration des minorités au sein de l’islam[12]. L’un des écueils, en ce qui me concerne en tant que responsable associatif et en tant que modeste intellectuel en herbe, c’est la tentation d’une quelconque concession sur le droit inaliénable de tout individu à disposer de lui-même/elle-même et à élaborer sa propre définition de celui ou de celle qu’il ou qu’elle est ; l’autre écueil étant clairement de sombrer dans une islamophobie primaire, raciste, qui consisterait à considérer que tout les musulmans sont intrinsèquement misogynes et homophobes, ou hypocrite et calculateurs. La plupart des musulmans doivent évoluer sur ces questions là. Il n’est pas question pour ma part de nourrir le « statut d’exception » que voudraient élaborer certains politiciens ou soi-disant intellectuels, aux musulmans de France et d’ailleurs[13].

 

De manière plus générale, je dirais simplement que la question de l’homophobie devient de plus en plus celle de certains religieux ; celle de la défense des droits des minorités sexuelles, le dernier des grands défis en matière d’égalité des droits auxquelles sont confrontées nos démocraties occidentales postmodernes, sont totalement nôtres. C’est pourquoi je veux croire au dialogue auquel je participe activement, pour le plus grand bien de l’ensemble de la communauté républicaine.

(Traduit et commenté par L.Zahed, fondateur et porte-parole des HM2F ; mise à jour le 11 janvier 2012)



[1] Besant, Annie - Féministe anglaise (1847-1933), «The Life and Teaching of Muhammad». Madras (1932).

[2] Hadith rapporté par Tirmidhi, cité par l’imam al-Nawawi dans son célébrissime ouvrage Ryadh al-Salihin : « le jardin des vertueux » - hadith n°234.

[3] Islam et homosexualité - http://www.tariqramadan.com/Islam-et-Homosexualite.html

[4] Jack Fertig, pour Huriya magazine - http://huriyahmag.blogspot.com/ - et membre de l’association MPV - http://www.mpvusa.org/.

[5] Foucault, M. (1994). « Histoire de la sexualité, tome 1 : La Volonté de savoir ». Gallimard, Paris.

[6] Le Monde du 7 mars 2004, extrait sur: http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article463. Et voir aussi Dounia Bouzar face aux                 questions des internautes: http://forums.nouvelobs.com/societe/l_islam_aujourd_hui_en_france,20081204111126895.html.

[7] Bouzar, D. (2004). « Monsieur islam n’existe pas : pour une désislamisation des débats ». Hachette, Paris. La présentation de l’ouvrage par l’éditeur est comme suit : « Monsieur Islam " n'existe pas ! Telle est la réponse qu'il convient de faire à tous ceux qui font parler l'islam, ou qui parlent à sa place : jeunes militants musulmans, tout auréolés de leur fraîche science de l'islam, professant qu'il englobe par avance la modernité, le féminisme, la citoyenneté et même la laïcité ; mais aussi institutions et instances politiques qui estiment que le comportement des jeunes est le " produit de l'islam ". Pendant les vingt dernières années, on a demandé aux jeunes musulmans de laisser leur religion à la frontière pour devenir français. À présent, on accepte leur islam à condition de les réduire à une facette musulmane qui les définirait une fois pour toutes. Or, la question n'est pas de savoir " ce que l'islam dit ou ne dit pas ", mais de comprendre pourquoi ce jeune, né en France, socialisé à l'école de la République, a envie de penser que " l'islam dit plutôt ceci ou plutôt cela ". Dounia Bouzar a mené pendant deux ans, pour l'INHES, une enquête auprès d'associations dirigées par des musulmans. Elle montre les diverses manières de vivre cet islam au quotidien, qui vont d'une volonté d'islamiser toutes les activités à l'invention, au contraire, d'une manière musulmane de pratiquer les activités communes. Ce livre, qui dérange les idées reçues sur les musulmans de France, donne pour la première fois la parole à ces jeunes issus de familles immigrées. Ils disent comment ils cherchent à être musulmans et à relire le Coran en vivant dans une société laïque. Le livre de Dounia Bouzar est plus qu'une contribution au débat : il devrait permettre de changer le regard porté sur ces jeunes musulmans français ».

[8] Roy, O. (2008). « La sainte ignorance : Le temps de la religion sans culture ». Seuil, Paris.

[9] Traduction complète de l’article en réponse à Tariq Ramadan par Jack Fertig, membre de MPV – Muslims for Progressive Values –, sur le site des HM2F : http://www.homosexuels-musulmans.org/infrahumanisation_deshumanisation_violente_et_justice_de_la_reforme_de_l-islam_de_france.html.

[10] Voir l’article de Yann Barte intitulé « les homos musulmans voient enfin la lumière », paru en Juin 2010 dans le magazine « Le courrier de l’atlas » - http://www.lecourrierdelatlas.com/emag/2010/NUM038/#/70/.

[11] 11ème partie du documentaire intitulé « Au nom de l’islam » - http://www.youtube.com/user/dgalkin1#p/u/46/GtunEctrTWo.

[12] 2ème partie du documentaire de Philomène Esposito intitulé « Et Allah dans tout ça » - http://www.dailymotion.com/video/xh3kpy_et-allah-dans-tout-ca-partie-2-3_news.

[13] Tribune parue sur SaphirNews et intitulée « Tariq Ramadan et les homosexuel-les musulman-es de France » - http://www.saphirnews.com/Tariq-Ramadan-et-les-homosexuels-musulmans-de-France_a12380.html ; en réponse au retrait des signatures de femmes et d’hommes politiques français socialistes, accusés d'avoir unient « leur voix aux alliés des frères musulmans », en raison de la présence de la signature de Tariq Ramadan sur l’appel initié par RespectMag contre le « débat de la honte » voulue par le gouvernement le 5 avril 2011, à propos de l’islam de France - http://www.homosexuels-musulmans.org/communique-de-presse_avril2011.html.




THIS  ARTICLE  IS  AVAILABLE  IN  ENGLISH

Un article disponible sur le site de  Muslim for Progressive Values,
en version originale (le site de Huriyah Mag étant en cours de rénovation).

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The following article responds to Tariq Ramadan’s article, entitled Islam & Homosexuality, and published in July, 2009 by the Middle East Online

The way homosexuality and Islam are being positioned against each other creates a false dichotomy and does no favors for GLBT folks or for Muslims. One of the more interesting facets of this issue is how many people who have been outspoken anti-gay “defenders of tradition” have suddenly decided to include gays in their defense of Western Culture. “Friends” like this nobody needs.

Brother Tariq here takes on quite a few issues, rather confusing the point. But one of the beautiful things about Islam is that it recognizes that we all bring our own backgrounds, biases, and information gaps to any argument and should listen to diverse opinions with respect.

The word “homosexuality” and the understandings of that word have a peculiar history. The term was itself coined in 1868 for political purpose and quickly found a medical niche. We know that there has been same-sex love through history, that it exists in all human cultures and that there is same-sex activity in hundreds of animal species. There is a growing body of scientific evidence that same-sex attraction is innate, that it has a largely genetic component. Like left- or righthandedness, one’s eye color or height, it is part of a range of normal variations. However the way sexuality is understood varies greatly from one culture to another.

Brother Tariq makes a very firm declaration about the universality of religious rejection of homosexuality, but there are in fact a growing number of religions that accept same-sex love. Unitarians, Quakers, and an ever-expanding range of protestant denominations accept GLBT members and offer same-sex marriage to loving couples. In the largest denominations – the Lutherans, Anglicans, and Presbyterians – the issue has been controversial exactly because same-sex love has been gaining so much acceptance. What “a majority of rabbis” accept I can’t say, but the Reform and Conservative branches of Judaism are accepting of homosexuality. Gay and lesbian rabbis are common and serve on rabbinical boards. A small, but growing number of Muslim groups are even becoming more accepting.

In Islam condemnations of homosexuality rest on the story of Lot (Sodom and Gomorrah) which is about men raping men. This is common in prisons, and we see it mostly in situations where men who identify as heterosexual attack men they perceive as gay. I’ve personally known men who were savagely attacked and gangraped by groups of men this way. There are also stories of such abuse by Egyptian and Iranian police. This has nothing at all to do with men loving men or women loving women.

Brother Tariq’s assertion that “Muslims are now being called upon to condemn the Qur’an, and to accept and promote homosexuality to gain entry into the modern world,” is quite an overstatement. There are people like Geert Wilders who urge us to reject or revise the Qur’an, and that of course is impossible. Some people do make impossible demands only to create trouble. That is quite separate from the issue of homosexuality, even if they do exploit that issue. Homosexuality is not something that can be promoted any more than blue eyes or being six feet tall can be promoted. People can experiment and “fool around” just as they might wear contact lenses or high heels, but in the end you are who you are. Heterosexuality is promoted, and in many places even mandated, but our God-given human nature will out, and homosexuals forced into heterosexual marriages by cultural and familial pressures live unhappily in loveless marriages, often leading double lives, cheating on their mates. Not only are gays and lesbians being deprived of fulfilling, loving partnerships but so are their heterosexual husbands and wives. Gay people know that a sexual orientation cannot be promoted. It can only be accepted – or rejected – that there are people of different sexual orientations, and that everyone, regardless of orientation is entitled to equal rights.

Brother Tariq is addressing the situation of Muslims living in western nations. Muslims who live in pluralistic societies, or as minorities, are obliged to respect the laws and customs of the lands we live in. In democratic nations where we are part of a dialogue where attitudes towards homosexuality are changing, we can take a voice in that conversation. Politically it is in our interest to promote acceptance for diversity. Our religion tells us to “live and let live.” Brother Tariq is quite correct when he says:

“There is no ambiguity, and ample clarity: European Muslims have the right to express their convictions while at the same time respecting the humanity and rights of individuals. If we are to be consistent, we must respect this attitude of faith and openness”

This is exactly what GLBT activists are working for – no more; no less.

Jack Fertig - http://huriyahmag.com/fall/features.jack.html




Oubrou, imam de Bordeaux : 

« L'homosexualité est un choix »

Par Respect Mag sur Rue89 | Urbain, social et métissé | 11/10/2010 | 15H12


Respect Mag a sorti ce lundi un numéro spécial consacré au « vrai visage des musulmans de France, loin des clichés ». Pour l'occasion, Rue89 est partenaire du mensuel « urbain, social et métissé ». Au sommaire, l'islam dans l'intimité, la place des convertis, être musulman en zone rurale, etc. Et l'homosexualité : Respect Mag est retourné voir Tareq Oubrou, imam de Bordeaux, qui s'était distingué en signant en mars 2010 l'appel mondial contre l'homophobie.

Nous aurions pu interroger Soheib ou Ghaleb Bencheikh, ou encore Abdennour Bidar, et obtenir des réponses plus directement favorables à l'égalité des homos. Tareq Oubrou, imam de Bordeaux, nous a semblé plus pertinent, du fait de son ancrage dans la communauté. Dialogue avec Ludovic Lotfi Mohamed Zahed, président de Homosexuels musulmans de France (HM2F).

Ludovic Lotfi Mohamed Zahed : Pourquoi avoir accepté cet entretien ?

Tareq Oubrou : Ce qui m'intéresse dans ce dialogue, c'est de contrecarrer cette idée néfaste et grave qui consiste à excommunier les homosexuels. On est confrontés à un ignorance crasse. Il m'importe aussi de préserver la foi et l'égalité des gens qui ont cette sexualité. Je ne cautionne pas l'homosexualité qui est éthiquement réprouvée en islam.

Pensez-vous que la personne peut choisir, de manière consciente, son désir vers un homme ou vers une femme ?

Pour moi, l'homosexualité est un choix. Conscient ou inconscient, c'est un choix. Plus ou moins conditionné. Il n'y a pas de choix absolu. Ce n'est pas une pathologie, ni psychologique, ni biologique.

Nous sommes traversés par beaucoup de sentiments et d'instincts, qu'on ne choisit pas, qu'on tente de canaliser, d'orienter, de gérer. Ces instincts ne sont ni bons ni mauvais. Je ne juge pas.

Selon les spécialistes des sciences humaines, on ne choisit pas sa sexualité de manière consciente.

Je vous mets au défi de retrouver le souvenir, dans votre adolescence, du jour où vous vous êtes dit : « Je vais être hétérosexuel. » Pour nous, la question ne se pose pas. A 8 ans, je savais que j'étais différent.

Ce sont les valeurs qui orientent les gens vers tel ou tel comportement…

Homos et musulmans

Ali, 46 ans, converti, s'assume pleinement :

« Je n'ai pas eu le besoin de passer par les Textes pour accepter mon homosexualité. D'ailleurs, en les décryptant, on peut justifier tout et son contraire. »

Karim, allure frêle et air malicieux, ne fait pas ses 26 ans :

« J'ai intégré un groupe fondamentaliste pour étudier l'islam. La sexualité y était strictement contrôlée. J'ai essayé de savoir comment la religion considérait l'homosexualité, on me disait que c'était proscrit… Mais comment Dieu pouvait m'avoir créé comme ça pour me renier ensuite ?

En lisant scrupuleusement le Coran, je me suis rendu compte que l'homosexualité ne pouvait être pas condamnée car tout ce que l'on est vient de la volonté de Dieu. Dieu nous a créés différents pour que l'on puisse se connaître. Cette vision m'a permis de m'accepter. »

Hanane, 28 ans, mâche son chewing-gum d'un air désinvolte. Puis laisse de côté son assurance :

« J'avais besoin de rencontrer des gens dans ma situation. Je ne revendique pas mon homosexualité car je ne l'assume pas !

Dans le Coran, la formule c'est Adam Eve, un point c'est tout… Je suis dans la transgression, ce n'est pas sain. »

Look figé dans les années 80, Philippe, russe musulman, prend le relais. Voix vacillante, un effrayant parcours :

« En Russie, l'homophobie est sociale avant d'être religieuse. Un jour un médecin m'a dit : “Tu es un pédé ! Je vais te casser la colonne vertébrale, tu sortiras de mon cabinet handicapé.” Il m'a abîmé…

Je ne suis pas venu en France uniquement pour étudier, mais aussi pour me protéger. »

Nora reste pessimiste :

« Je me projette dans l'avenir, malheureusement sans l'islam… Les mentalités ne changeront pas.

Lors du colloque sur l'homophobie, le recteur de la mosquée de Paris a juste lu un bout de papier… »

Témoignages recueillis par Fatoumata Sakho

Absolument pas ! J'ai été éduqué dans des valeurs très islamiques, j'ai fait ma prière depuis tout jeune, je connaissais la moitié du Coran alors que je n'avais même pas 17 ans. L'éthique islamique, je l'ai bue au biberon.

Malgré cela, je me suis découvert homo à 17-18 ans. Ce n'est pas une question de rapports de force. Le refoulement est plus fort que la liberté. Mais le jour où la liberté reprend le dessus, vous vous dîtes : « Ça y est, j'ai compris, je suis homosexuel. »

Condamnez-vous le fait de dire que c'est une maladie ou une déviance ?

Celui qui est malade n'est pas responsable. Ce n'est pas une déviance dans le sens psychiatrique. Non, c'est un choix raisonnable de gens intelligents qui savent ce qu'ils font. On a la liberté, on a aussi la volonté.

Pourquoi avoir signé l'appel contre l'homophobie malgré tous les risques que cela comportait ?

Parce que les religions doivent répondre à des questions et ne pas les esquiver. Je ne vais pas faire de l'autisme religieux et faire comme si l'homosexualité n'existait pas. L'appel était contre la violence subie par ceux qui ne s'inscrivent pas dans la pratique sexuelle majoritaire.

Notre société a besoin de paix. Je ne veux pas que ma religion soit associée à la violence, sinon cela impactera négativement sur la société. Et moi, je suis responsable de ma communauté. Je ne veux pas que les musulmans soient stigmatisés comme antisémites ou homophobes. J'ai fait le voyage à Auschwitz pour les mêmes raisons.

Est-ce que certains vous soutiennent ? Pensez-vous que c'est la majorité qui parle le moins ?

Je suis l'imam de la majorité silencieuse. Quand je parle de communauté musulmane, je fais référence aux 99,9% de musulmans que je ne vois pas dans ma mosquée… Sur l'homosexualité, je dis que sa pratique n'est pas préconisée par l'islam, mais que les musulmans homosexuels sont des musulmans à part entière.

Le fait de les stigmatiser, de les violenter, de les harceler est antinomique avec l'éthique commune. Il n'y a qu'un seul code pénal -et qu'un seul magistrat-, c'est celui de la République.

Comment expliquer qu'aujourd'hui, sept pays musulmans dans le monde décapitent ou pendent des homosexuels au nom de l'islam ?

C'est une lecture de l'islam qui repose sur des hadiths non authentiques. Aucun texte univoque, authentique, ne fait mention d'une quelconque sanction contre les homosexuels. Ethiquement parlant, le Coran n'admet pas l'homosexualité. Mais le passage de cette condamnation morale a une condamnation juridique n'existe pas.

Que penser du hadith qui dit : lorsque deux hommes couchent ensemble, le trône de Dieu est ébranlé ?

Ce n'est même pas un hadith faible, c'est un hadith apocryphe, c'est-à-dire inventé.

Dialogue recueilli par Anne Esambert

Illustration et photos : dessin de Hervé Pinel pour Respect Mag ; Ludovic Lotfi Mohamed Zahed (Darnel Lindor) et Tareq Oubrou (Homard Payette) ; couverture du dernier numéro de Respect Mag


Témoignages parus sur Rue89



Ali, 46 ans, converti, s'assume pleinement :

« Je n'ai pas eu le besoin de passer par les Textes pour accepter mon homosexualité. D'ailleurs, en les décryptant, on peut justifier tout et son contraire. »

Karim, allure frêle et air malicieux, ne fait pas ses 26 ans :

« J'ai intégré un groupe fondamentaliste pour étudier l'islam. La sexualité y était strictement contrôlée. J'ai essayé de savoir comment la religion considérait l'homosexualité, on me disait que c'était proscrit… Mais comment Dieu pouvait m'avoir créé comme ça pour me renier ensuite ?

En lisant scrupuleusement le Coran, je me suis rendu compte que l'homosexualité ne pouvait être pas condamnée car tout ce que l'on est vient de la volonté de Dieu. Dieu nous a créés différents pour que l'on puisse se connaître. Cette vision m'a permis de m'accepter. »

Hanane, 28 ans, mâche son chewing-gum d'un air désinvolte. Puis laisse de côté son assurance :

« J'avais besoin de rencontrer des gens dans ma situation. Je ne revendique pas mon homosexualité car je ne l'assume pas !

Dans le Coran, la formule c'est Adam Eve, un point c'est tout… Je suis dans la transgression, ce n'est pas sain. »

Look figé dans les années 80,

Philippe, russe musulman, prend le relais. Voix vacillante, un effrayant parcours :

« En Russie, l'homophobie est sociale avant d'être religieuse. Un jour un médecin m'a dit : “Tu es un pédé ! Je vais te casser la colonne vertébrale, tu sortiras de mon cabinet handicapé.” Il m'a abîmé…

Je ne suis pas venu en France uniquement pour étudier, mais aussi pour me protéger. »

Nora reste pessimiste :

« Je me projette dans l'avenir, malheureusement sans l'islam… Les mentalités ne changeront pas.

Lors du colloque sur l'homophobie, le recteur de la mosquée de Paris a juste lu un bout de papier… »

Témoignages recueillis par Fatoumata Sakho










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COLLECTIF CITOYEN POUR UN ISLAM DE FRANCE VÉRITABLEMENT INCLUSIF, 

& UNE LAÏCITE VÉRITABLEMENT RESPECTUEUSE DE TOUTES LES CROYANCES.

Porte-parole, L.Zahed

Au plaisir de bientôt vous comptez parmi nous.
http://www.homosexuels-musulmans.org
homomusulmans@gmail.com



   

HM2F, notre collectif citoyen, est coordinateur international de la conférence internationale
CALEM - financée en 2012 par le conseil de l'Europe et qui reçu le prix
Pierre Guénin de SOS homophobie -,
membre de la Fédération LGBT, du RAVAD, de l'ILGA ;
membre des collectifs interassociatifs Pinar Selek et IPERGAY, et
membre fondateur du MTE.

Le collectif HM2F est l'aboutissement d'une collaboration fraternelle entre des homosexuel(le)s (ou des citoyens appartenant à d'autres minorités sexuelles visibles) : qu'elles ou qu'ils soient athés, de confession juive, de confession musulmane, chrétienne, bouddhiste ou autre... C'est une grande fierté !
Et nous fomentons le secret espoir à la face du Destin, que cette pluralité et ce "vivre ensemble" citoyen et collégial,
restera la pierre angulaire sur laquelle nous continuerons de bâtir nos projets communs, inch'Allah.